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Photo by Chris Marquardt

Comme je vous le disais dans mon article « Svalbard: idée et préparation« , l’archipel du Svalbard se situe à environ 1300 km du Pôle Nord et à plus de 900 km des côtes Norvégiennes.

Le Svalbard sur la map

C’est donc sur ce petit territoire isolé quelque part tout là-haut que je suis partie passer mes vacances d’été. Parce que c’est quand même vachement cool d’aller se les geler quand on a attendu l’été pendant 8 mois 🙂

Comme il ne s’agit pas d’une destination conventionnelle, je ne savais du tout à quoi m’attendre. J’ai regardé quelques reportages et lu quelques infos sur le net mais tout restait très vague pour moi jusqu’à la semaine précédent mon vol… J’ai découvert le blog de Sophie, une enseignante d’origine Française partie vivre à Longyearbyen. Elle y fait référence à la rudesse de la vie dans le grand nord, aux galères, aux engelures mais aussi à la beauté des paysages et à la diversité de la faune local. J’ai lu avec attention tous les articles de son blogs et ceux-ci n’ont fait que renforcer cette idée qui m’habitait déjà, c’est sûr, j’allais m’y plaire!

Trêve de bavardages, je vous explique tout de suite comment c’était.

Tout commence à l’aéroport d’Oslo. Il est environ 21h quand nous nous enregistrons pour notre vol vers Longyearbyen. Le vol est réservé pour les passagers de la croisière que nous avons réservée donc nous savons que les gens qui patientent avec nous seront nos compagnons de voyage.

Nous embarquons vers 23h pour environ 3h de vol. Arrivés à mi-parcours, le ciel s’éclairci, tout doucement, puis le soleil commence à se lever au fur et à mesure que nous approchons de notre destination. Finalement le ciel et si clair et le soleil brille si fort que cela nous empêcherai de dormir alors qu’il est déjà près d’une heure du matin. De toute façon, l’excitation est si grande que nous ne dormirions pas.

A 1h du matin nous atterrissons sur une piste si courte que nous sommes soulagés de ne pas avoir fini à la mer. Passé la porte, nous sentons tout de suite le froid mordant auquel nous n’étions plus du tout habitué. Il y a un peu de vent pour ne rien arranger mais le soleil brille de mille feux.

Aéroport de Longyearbyen à 1h du matin

Comme il est tard, nous partons directement vers le Spitsbergen hôtel où nous passerons le reste de la nuit. Le trajet en bus nous permet de découvrir les alentours et les langues se délient peu à peu, on commence à faire connaissance avec le reste du groupe.

Après une nuit très courte, car il a fallu faire la file pour obtenir la clef de notre chambre et préparer des habits chauds pour le lendemain, et un bon petit-déjeuner, nous partons pour faire le tour de la ville de Longyearbyen. Ici pas moyen de se perdre, il n’y a qu’une route qui descend au centre-ville. Nous longeons les petits quartiers de maisons colorées emmitouflés sous plusieurs couches de vêtements et expirant des petites volutes de vapeur.

Arrivés au centre, nous ne sommes pas dépaysés, en effet, on tombe sur une Coop 🙂 Evidemment, celle-ci n’a presque rien à voir avec le géant Suisse. Le bâtiment est tout petit est ne fournit que le nécessaire et, le luxe dans cette région, quelques fruits et légumes.

Il y a quelques magasins de vêtements que nous qualifions chez nous de vêtement d’hiver, quelques bars, une école, une galerie de photos, une maison de culture (qui fait tout: cinéma, théâtre, …), une clinique et même une université. D’ailleurs le bâtiment de l’UNIS est le plus grand bâtiment de la ville, il abrite même un magnifique musée.

Nous croisons des habitants du coin que nous reconnaissons à leur tenue, bien plus légère que la nôtre.

En été, quelques voitures arpentent les rues mais nous comprenons vite que le moyen de transport le plus courant est la moto-neige. Je ne les ai pas comptée mais je peux dire presque avec certitude que chaque habitant à la sienne.

Au loin nous apercevons ce qui semble être un tout petit cimetière. Cela nous amène au fun fact, au Svalbard, les hommes n’ont ni droit de naissance, ni de mort. En effet, les femmes enceintes doivent rejoindre le continent, au plus tard 2 semaines avant le terme de leur grossesse, pour accoucher. Il y a bien une sage-femme et quelques médecins sur l’île mais il n’y a pas de chirurgien. Elles sont donc envoyée sur le continent pour éviter les complications mais aussi apparemment pour éviter toute revendication de propriété si la souveraineté du Svalbard devait être remise en question (cf. traité du Svalbard). Il est également « interdit »de mourir au Svalbard ou plutôt d’y être inhumé. Ici aucune raison politique ou médicale. Il s’agit d’une raison scientifique, le permafrost. La température du sol étant toujours maintenue en-dessous de 0 degré, les corps ne peuvent pas se décomposer et finissent par remonter à la surface. Seules les cendres peuvent être enfouies dans le cimetière municipal. Les corps sont donc rapatriés dans leur pays d’origine pour y être enterrés ou sont incinérés en Norvège puis renvoyées au Svalbard.

Après la balade et un dîner au chic Radisson Blu, nous partons pour découvrir une meute de chiens de traîneaux et pour suivre notre première conférence sur l’ours polaire. Comme mentionné dans mon premier article sur le sujet, le voyage est encadré par des spécialistes qui nous transmettent des informations sur la faune et la flore locale ainsi que sur l’environnement dans lequel nous évoluons.

Nous arrivons donc sur un grand terrain où trônent un tipi et trois « hytte » en bois. Une vingtaine de chiens nous attendent tout fous de pouvoir être câlinés. La musheuse nous explique que l’été ils travaillent beaucoup moins à cause des températures « très » élevées, c’est pourquoi ils sont aussi excités de nous voir. Après beaucoup de caresses et d’explications, nous nous réunissons dans une des cabanes autour d’un foyer pour suivre notre présentation sur le maître des lieux. Pendant la présentation nous dégustons une gaufre garnie de « Brunøst« . Durant la présentation, nous apprenons des faits intéressants à propos des ours polaires, notamment sur leur habitat, leur alimentation et quelques informations sur leur physiologie. Par exemple, saviez-vous que l’implantation de l’ovule fécondé de la femelle ne s’implante dans l’utérus qu’au moment opportun, c’est à dire, quand la femelle est prête, dans sa tanière pour l’hiver? La femelle a également le pouvoir de choisir d’interrompre sa grossesse si elle ne peut pas accumuler suffisamment de nourriture pour les mois à venir. L’ovule fécondé est ainsi réabsorbé par le corps comme de la nourriture. Nous avons également appris à reconnaître les ours qui pourraient représenter un danger pour nous. Il s’agit principalement de jeunes mâles affamés ou de femelles accompagnées par leurs petits affamées ou non.

Suite à la conférence, nous sommes retournés sur nos pas à destination de Longyearbyen pour visiter le musée du Svalbard. Nous avons eu la chance de voir nos premiers rennes sur le trajet. Le musée retrace l’histoire de l’Archipel et décrit avec précision ses caractéristiques géologiques et glaciaires. On peut également y observer une grande collection d’espèces de la faune locale.

En fin de journée, nous embarquons à bord du MS Fram. Il s’agit en réalité du second « Fram ». Le premier a été un des plus célèbre bateau d’exploration polaire du monde entre 1893 et 1912. Le Fram « actuel » date de 2007 et mesure 114 mètres de long par 20.2 mètres de large pour un poids de 11’647 tonnes.

Nous sommes environ 200 passagers qui prenons place dans nos cabines respectives. Nous sommes d’ailleurs tous agréablement surpris par le confort des cabines et du reste du bateau, nous nous attendions à plus sommaire.

Toujours à quai dans le port de Longyearbyen, nous effectuons un exercice d’urgence pour que tout le monde sache comment réagir si quelque chose venait à se produire durant la croisière. Tout est parfaitement orchestré et le test se passe rapidement. Nous sommes ensuite invités au cocktail de bienvenue du commandant. Ici l’ambiance est détendue et chaleureuse, pas d’exigence sur la tenue à porter aux dîners, nous plaisantons les uns avec les autres peu importe la langue parlée. Certains passagers sont chinois, d’autres italiens, des français, quelques suisses,… Quant à l’équipage, la majorité vient des Philippines, beaucoup sont norvégiens ou suédois mais il y avait aussi un allemand, un costaricain, un hollandais et un chinois.

Récit de la croisière : jour 1 – Ny-Ålesund & Magdalenafjord

Nous nous mettons en route pour une première nuit de navigation vers Ny-Alesund. Nous restons sur le pont jusqu’à tard dans la nuit. La présence du soleil ne nous aide pas à aller nous coucher mais finalement la fatigue est trop grande. Le lendemain matin à la première heure nous accostons à Ny-Alesund. Il s’agit d’une base de recherche scientifique et environnementale. A l’approche de la base, le bateau coupe tous les engins de transmission et nous demande de mettre nos téléphones en mode avion afin de ne pas perturber les outils de mesures qu’utilisent les chercheurs sur place.

Nous découvrons ici une ancienne cité minière. Certains tronçons du rail de transport du charbon sont encore présents. Ny-Alesund possède l’office de poste le plus septentrional du monde. Il s’agit du dernier endroit possible pour poster quelque chose avant le retour à Longyearbyen.

Plusieurs pays effectuent des recherches sur cette base arctique. Les petites maisons sont donc divisées en quartiers. Le quartier hollandais, le quartier chinois, le quartier anglais, etc.

Nous découvrons également le grand mât qui avait été érigé pour accrocher le dirigeable du célèbre explorateur Roald Amundsen.

Nous observons une colonie de phoques au loin sur une bande de terre ainsi qu’un renard polaire mais celui-ci est très loin donc nous espérons en voir plus prochainement.

Enfin nous nous remettons en route pour Magdalenafjord. On jette l’ancre dans une magnifique baie illuminée par le soleil arctique. On pose le pied à terre sur une belle plage. Les plus courageux s’y baignent déjà. Nous mettons le cap sur notre premier glacier. On grimpe le long de la moraine pour apprécier le paysage. On est toujours épatés par le soleil qui nous accompagne. Apparemment nous avons beaucoup de chance parce que le temps n’est que rarement aussi clair ici.

En redescendant de la moraine, je me jette à l’eau, littéralement. Je ne suis pas sûre de revenir ici un jour alors pourquoi ne pas relever le défi? Avant de se baigner il faut enlever les nombreuses couches de vêtements. Ce jour-là il fait 6 degrés, donc chaud, mais il y a un peu de vent. La température de l’eau est aussi de 6 degrés. Déshabillée, je ne perds pas de temps, je cours dans l’eau. Ma première impression, des petites aiguilles me traversent la peau. Cette sensation passe vite et finalement le corps s’habitue vite au froid. Je nage mais en prenant le soin de ne pas mettre la tête sous l’eau parce que quand même il ne faut pas pousser! En ressortant, je me sèche et je suis surprise de ne pas avoir froid malgré le vent. Je pourrai rester en sous-vêtements encore un moment sans que cela ne me gêne mais bon je n’abuse pas. D’ailleurs il est déjà temps de remonter sur le bateau.

On profite d’un petit moment de calme pour aller se réchauffer dans le jacuzzi en profitant de la vue sur le fjord.

Jour 2 – Glacier de Monaco et Mushamna

Vers 5h du matin, le haut parleur de la cabine grésille pour nous annoncer que des baleines bleues font leur show à l’avant du bateau. On saute dans nos vêtements de manière totalement désorganisée. On court sur le pont, heureusement à côté de notre cabine, et là, la magie commence… On voit à une centaine de mètres un groupe de baleines bleues avec en fond de très beaux glaciers. A ce moment précis, on se rend bien compte de la chance qu’on a d’être ici. On a la chance d’observer le plus grand animal du monde dans son habitat naturel. On est dans une zone préservée et complètement naturelle. Mais malgré tout fort menacée…

Nous arrivons après quelques heures de navigation au Glacier de Monaco. Celui-ci est un des plus grands glaciers du Svalbard. Il a été nommé ainsi en hommage au prince Albert Honoré Charles Grimaldi de Monaco, explorateur océanographe et prince de Monaco. Ce majestueux glacier nous semble immense mais nous apprenons que des recherches ont montré qu’en 100 ans, le glacier avait perdu environ 40% de glace.

Jour 3 – Visite de la banquise, Kinnvika et Wahlenbergfjord

Le matin du jour 3 nous nous réveillons et nous retrouvons entourés de banquise. On ne voit que le ciel et la glace tout autour de nous. Le capitaine nous emmène jusqu’à 80° Nord 35 Minutes. Le pôle est si proche!

Nous naviguons dans la glace toute la matinée et puis nous rejoignons Kinnvika. Nous partons avec un petit groupe en randonnée sur le glacier. Nous nous équipons et commençons notre ascension. Arrivés au sommet nous observons la vue merveilleuse qui s’offre à nous. Enfin nous redescendons et allons observer une colonie de morses. Nous sommes tout près, on pourrait presque les toucher. On reste silencieux et impressionnés par ces immenses animaux. Eux ne prête pas du tout attention à nous. Un petit groupe de morses jouent autour du zodiac qui vient nous récupérer.

Nous finissons la journée par de la navigation dans le Wahlenbergfjord.

Jour 4 – Alkefjellet, Torellneset et Brasvellbreen

Durant la matinée, nous partons en petits groupes en zodiac pour aller observer les falaises de Alkefjellet. Il s’agit d’un immense rocher posé la au milieu de l’arctique qui sert de nichoir aux guillemots de la région. Ils sont des miliers à y déposer leurs oeufs et à y faire grandir leurs petits. Ils sont tellement nombreux qu’on dirait presque des nuées de moustiques qui nous vole autour. Notre guide nous explique que fin août, durant deux jours environ, les petits, ne sachant pas voler mais devant s’émanciper, se jettent tous à l’eau en même temps ! On comprend pourquoi les prédateurs trainent dans les parages, à l’affût des ratés. Les guillemots sont des oiseaux qui volent bien mais sans plus, par contre, ils peuvent plonger jusqu’à 200 mètres de profondeur.

Après cette balade en bateau nous partons en direction de Torellneset. C’est aussi un grand lieu de nidation mais cette fois-ci, pour les mouettes tridactyles. Nous grimpons pour arriver en haut des falaises pour observer les oiseaux d’en haut mais nous sommes loin d’imaginer la surprise qui nous attend en haut… Un BEBE renard polaire et sa mère! Autant vous dire que je suis comme une dingue et que je me fais violence pour ne pas faire de bruits. Ils ne sont pas du tout peureux, ils viennent tout près de nous et nous devons donc nous éloigner pour éviter qu’ils ne s’habituent à la présence humaine et aussi car ils peuvent être porteurs de la rage. Heureusement, nous ne sommes que 3 et nous profitons donc d’un très long moment d’observation. Le rêve!

Finalement, nous redescendons et repartons pour naviguer vers le glacier Brasvellbreen. Le front du glacier fait 25 mètres de haut sur environ 190 kilomètre de long! Sa surface totale et estimée à 8100 km2 ce qui en fait un des plus grand glacier du monde.

Durant la soirée, nous partons avec Robert, avec qui nous avons sympathisé dès le premier jour, et 2 autres passagers visiter les machines du navire. On nous explique tout le fonctionnement de ce gros bateau et comment ils font pour le rendre le moins polluant possible. Nous écoutons attentivement mais ne manquons pas de rire de temps en temps car l’ingénieur est génial et très accueillant.

Jour 5 – Kapp Waldburg et Negribreen

Nous commençons ce 5ème jour de navigation en passant par le Kapp Waldburg, qui sépare les îles de BarentsØya et EdgeØya (je trouve pas de Ø plus petit :-)). Nous nous remontons ensuite un peu pour aller observer le Negribreen.

Même si nous en observons tous les jours, nous sommes toujours très impressionnés par les glaciers du Svalbard. Ils sont tous différents avec chacun leur spécificités. On est heureux d’être ici, de pouvoir voir ce paysage et cela nous conforte encore plus dans notre envie de réduire le plus possible notre empreinte écologique. Le réchauffement climatique EST une réalité! On ne s’en rend peut-être pas bien compte dans nos pays, mais là, on le voit très clairement. Les populations animales se réduisent et les glaciers fondent à vue d’œil (à titre d’exemple, comme je l’ai mentionné plus haut, le glacier de Monaco a reculé de plus de 40% en 100 ans).

Jour 6 – Hornsund et Burgerbukta

6ème et avant dernier jour de croisière. On est déjà nostalgiques. Dans la « nuit » nous avons passé le cap sud (SØrkapp). Nous arrivons tranquillement dans la région de Hornsund. Nous apprenons lors du petit-déjeuner qu’un ours a été aperçu dans la baie de Burgerbukta. On est au taquet, on veut encore en voir un au moins une fois avant de partir!

Dans un calme tout relatif, on chausse nos bottes et on monte dans les zodiacs. Finalement, l’ours a décampé il y a un moment. Mais nous marchons le long des traces qu’il a laissé sur la plage. On compare la taille de ses grosses pattes avec celle de nos petites mains. Ça nous rend fou de savoir qu’il est passé juste là quelques heures avant nous.

Les traces de pattes ne sont pas le seul intérêt de cette plage. Loin de là… Nous sommes entourés par deux magnifiques glaciers très actifs. Ils craquent et se fendent à tout bout de champ. De gros morceaux de glace se décrochent et créent des petits tsunamis. Heureusement que nous avons nos bottes! Comme nous sommes dans une baie, entourés de montagnes, les bruits résonnent et à chaque craquement, on croirait que la terre va s’ouvrir sous nos pied, on sent les vrombissements jusque dans nos os.

Les plus courageux du jour se baignent. Certains même plongent la tête sous l’eau. Moi j’ai déjà donné la dernière fois donc cette fois je reste au sec.

Jour 7 – Alkhornet et Barentsburg

Voilà, il devait bien arriver ce dernier jour. Il arrive quand même un peu trop tôt à notre goût. Mais bon, cette journée aura été pleine de surprises car on commence la journée par l’observation d’une famille d’ours sur la rive. Tout le monde se jette sur le pont pour ne pas en perdre une miette! On est bien là. Il fait froid mais on est heureux et plus rien d’autre ne compte.

Nous laissons la petite famille pour aller découvrir la montagne Alkhornet sur la côte d’Isfjorden. La pointe de l’Alkhornet culmine à 423 mètres d’altitude. Pas grand chose me direz-vous mais à près de 80° nord, pas besoin qu’elles soient hautes les montagnes. L’Alkhornet est composée principalement de marbre. Bon rien à voir avec les somptueux meubles en marbre qu’on imagine évidemment. Là, il s’agit de roches qui ont traversé des millions d’années.

C’est une zone importante pour la conservation des oiseaux. En effet, Ses falaises abritent plus de 10 000 couples reproducteurs d’oiseaux de mer. C’est aussi une zone très « verte » contrairement au reste du Svalbard, il y a plus de lichen et d’herbe/mousse que partout ailleurs. On y observe donc beaucoup de rennes. Les petits sont tout blancs et ressemble à des petits veaux tout poilus mais avec des pattes surdimensionnées capables de les faire tenir sur la neige. Ils ne sont pas très craintifs et restent près de nous. Nous restons le plus silencieux possible pour ne pas les déranger.

Le permafrost génère en été dans cette zone principalement des fissures dans le sol qui forment de grands losanges qui font ressembler la surface du sol à une mosaïque géante. C’est très beau à voir alors on s’assoit un moment sur les hauteurs pour observer le panorama qui s’offre à nous. Personne n’a envie de redescendre pour aller vers le tout dernier arrêt de notre voyage. On est déjà tristes de se quitter. On a tissé des liens, on rigole, on est bien tous ensemble.

Quand faut y aller, faut y aller…

Durant la traversée du fjord qui va nous mener à Barentsburg, on fête ce dernier jour avec un BBQ polaire. Bien emmitouflés dans nos vêtements on mange tous sur le pont. Burgers, salades, steaks, on se régale! Par contre, il ne faut pas traîner pour manger. Les assiettes refroidissent en un claquement de doigts.

Repus, nous débarquons sur le quai de Barentsburg. Il s’agit de la principale ville Russe de l’archipel. Le traité du Spitzberg reconnait la souveraineté norvégienne sur l’archipel mais autorise les pays signataires d’exploiter les ressources naturelles « sur un pied d’égalité absolu ». La Russie donc exploite depuis de nombreuses années la ressources principale de l’île, le charbon. La production russe et exportée vers plusieurs pays Européens. Les habitants de Barentsburg viennent de Russie ou d’Ukraine sous contrat pendant une durée de deux ans (en général). Durant ces deux années, ils travaillent non-stop. Leur revenu est sensiblement plus élevé ici que s’ils faisaient la même chose dans leur pays. Ils reçoivent un salaire en roubles mais ne peuvent pas payer dans les magasins avec leur monnaie. Il existe donc une carte spéciale pour les citoyens russes au Svalbard.

Barentsburg est une ville hors du temps. RIEN à voir avec les autres villes norvégiennes. Retour en URSS, les bâtiments sont grands et austères, un grand buste de Lénine trône sur la place centrale et des slogans communistes sont notés un peu partout. Seule une petite chapelle en bois apporte un peu de chaleur au paysage. Pour la petite anecdote, avant d’arriver nous avons reçu un plan sur le quel un bâtiment était noté « Hilton ». Avec Jacqueline, la femme de Robert, avec qui nous avons passé tout le voyage, on se dit que ce serait vraiment dingue qu’il y ait un hôtel Hilton ici perdu près du Pôle Nord… Et bien en réalité le « Hilton » de Barentsburg est en fait le grand (au sens premier du terme) restaurant/cafétéria de la ville. Rien à voir avec la chaîne hôtelière de luxe. Nous nous baladons dans la ville et Anna notre guide nous explique comment vivent les gens ici. Nous nous demandons surtout ce que font les femmes pendant que les hommes travaillent à la mine. Elle nous explique que beaucoup d’entre elles travaillent aussi à la mine et les autres à l’hôtel, à l’auberge de jeunesse, au restaurant, au bar et au petit magasin. Il y a aussi un atelier dans lequel des gens fabriquent des objets artisanaux et encore pour l’anecdote, cet atelier a confectionné les costumes de la délégation russe pour je ne sais plus quels jeux olympiques.

Anna nous explique que les mineurs travaillent en roulement de 3X8 et sont supposés se soumettre à un test d’alcoolémie tous les matins (réputation Russe oblige). Ils font près d’une heure de route pour rejoindre la mine, y travaillent 8 heures non-stop et refont 1 heure de route et recommencent cela chaque jours pendant 2 ans. Il faut être solide pour supporter ces conditions dans des conditions climatiques extrêmes. Nous sommes impressionnés.

Ceux qui le veulent peuvent aller voir un spectacle de danse traditionnelle dans la salle polyvalente qui abrite aussi une piscine olympique chauffée (s’il vous plait!). Nous nous rejoignons le bateau pour se reposer un peu car nous avons enchaîné cette semaine à un rythme fou. On profite de se prélasser un peu dans le jacuzzi pendant que personne n’est encore rentré. C’est le pied!

Enfin, après le cocktail d’au revoir du capitaine, nous terminons la soirée en mangeant durant la navigation vers Longyearbyen.

Nous finissons de ranger nos dernières affaires et faisons notre check-out en fin de soirée. Nos valises nous attendent sur le quai. C’est terminé. Nous saluons nos guides et les membres d’équipage non sans une pointe de tristesse.

Le Fram lui va refaire un tour du Svalbard, puis partira vers le Groenland pour revenir vers l’Europe puis repartir pour une grand transatlantique en direction de l’Amérique du sud puis de l’Antarctique.

Pour nous, c’est le retour vers Oslo en passant quelques heures dans le tout petit aéroport de Longyearbyen.

Je ne sais plus très bien dans quel ordre mais pendant la croisière nous avons vu des baleines bleues, une baleine à bosses, des petits rorquals, des bélugas, des rennes, des renards polaires, des ours polaires, des morses, des phoques, des guillemots, des goélands, des oies bernaches, des canards, des fulmars, des lagopèdes, des mouettes, des sternes arctiques et j’en oublie surement… On a été gâtés!

Je peux le dire, ce voyage a été le plus beau de tous les voyages que j’ai fait jusqu’ici. J’ai eu la chance d’aller dans des endroits où très peu de personnes sont allées. Très loin des coins où les touristes s’entassent comme des sardines et polluent sur leur passage.

Cette région m’a beaucoup touché grâce à sa beauté, à son état sauvage mais aussi malheureusement grâce à sa fragilité. Son équilibre dépend de nous et j’espère que mon article pourra avoir un impact, si petit soit-il, sur la conscience de gens qui le liront.

Svalbard, à bientôt…

Nous finissons notre voyage par quelques jours à Oslo, où nous quittons, aussi avec un peu de tristesse, Jacqueline et Robert. Nous avons trouvé un très joli Air b’n’b proche du centre ville et nous profitons de ces quelques jours pour flâner dans les rues de la ville et faire du shopping.

C’est toujours mêlé de joie de rentré à la maison et de tristesse de quitter un beau pays que nous finissons nos vacances. Mais on prépare déjà les prochaines. Elles auront plus le goût de soleil et de sable chaud puisqu’elles se dérouleront dans les Antilles au mois de décembre. On a hâte d’y être

PS: un article avec les photos arrive incessamment sous peu.